Champignons sur vos arbres : Dangereux ou pas ?
5 champignons lignivores à surveiller de près

Vous avez découvert un champignon sur votre arbre et vous vous inquiétez du risque de rupture ?

En tant qu’expert arbre, je comprends votre préoccupation. Mais attention, certains champignons sont inoffensifs tandis que d’autres peuvent sérieusement menacer votre arbre. Ce guide vous aidera à comprendre la situation et à prendre les bonnes décisions.

Champignon lignivore des arbres : quels risques ?

Qu’est-ce qu’un champignon lignivore ?

Les champignons lignivores sont des organismes décomposeurs qui se nourrissent du bois des arbres. Présents aussi bien en forêt qu’en milieu urbain, ils jouent un rôle écologique fondamental. Mais lorsqu’ils s’attaquent aux arbres vivants, ils peuvent représenter une menace pour leur stabilité. Alors, faut-il s’inquiéter de leur présence ? Comment les reconnaître et les gérer durablement ?

L'importance cruciale de l'identification des espèces

L’identification précise des champignons lignivores est un élément clé du diagnostic. Tous les champignons n’ont pas le même niveau de virulence, et leur impact varie considérablement selon l’espèce d’arbre hôte.

5 champignons lignivores agressifs fréquemment rencontrés sur les arbres

Les ganodermes (Ganoderma sp.)

Ganoderme sur arbre

Redoutable champignon lignivore qui s'attaque au système racinaire des arbres

Responsable de nombreuses ruptures d’arbres en milieu urbain, il provoque une pourriture fibreuse particulièrement destructrice du système racinaire qui remonte dans le collet des arbres. On le rencontre sur feuillus et résineux.

Signes distinctifs
  • Fructification généralement au niveau du collet
  • Console brune bien fixée au support
  • Face inférieure blanche
  • Sporée brune caractéristique

L'armillaire couleur de miel (Armillaria mellea)

Un champignon agressif aux différents comportements

L’armillaire couleur de miel se comporte à la fois en champignon parasite « tueur » d’arbre mais également champignon saprophyte se nourrissant du bois de coeur. Il est réputé très actif. On le rencontre sur feuillus et résineux.

Signes distinctifs
  • Champignons en touffes de 10-20 individus au pied
  • Chapeau couleur miel de 5-15 cm de diamètre
  • Anneau en collerette sur le haut du pied
  • Présence de rhizomorphes noirs sous l’écorce
Armillaire couleur de miel

Le polypore hérissé (Inonotus hispidus)

Polypore hérissé sur arbre

Un champignon dangereux dans certaines situations

Ce champignon lignivore, largement répandu, colonise la partie aérienne des feuillus tels que les platanes, frênes, sophoras et marronniers. Il entraîne une pourriture blanche fibreuse particulièrement active. Sur les platanes en bonne santé, les ruptures restent rares, contrairement aux autres essences hôtes, plus vulnérables.

Signes distinctifs
  • Console en éventail de 10 à 30 cm de long
  • Face supérieure du champignon couverte de poils (hirsute)
  • Apparition de goulettes d’exsudations sur les jeunes spécimens
  • Vieux sporophores noirs qui restent accrochés longtemps au support

Le phellin tacheté (Fomitipoira mediterranea)

Un sporophore discret aux conséquences sérieuses

Champignon lignivore très fréquent sur les platanes et les robiniers faux-accacia. Il s’installe à partir de larges plaies d’élagage. On le trouve également sur d’autres feuillus (hêtre, arbre de judée, saule…). Il provoque une pourriture très active et empêche l’arbre de recouvrir la plaie (pouvoir parasite). A l’origine de ruptures fréquentes.

Signes distinctifs
  • Fructification couleur chamois plaquée contre l’écorce
  • Formation d’un chancre en « V » très caractéristique
  • Fructification généralement présente au centre du chancre
  • Fructification parfois bien cachée

L'amadouvier (Fomes fomentarius)

Amadouvier arbre

Un champignon qui s'attaque aux tronc et charpentières

Champignon lignivore qui s’installe sur la partie aérienne de nombreux feuillus : platane, chêne, hêtre, bouleau, marronnier… Il dégrade le bois de cœur et provoque une pourriture branche fibreuse. Son développement dans le bois provoque généralement des fissures longitudinales en étoile sur le tronc typiques. Les ruptures de tronc ou de charpentières sont fréquentes avec l’amadouvier.

Signes distinctifs
  • Console blanche en sabot bien fixée sur le support
  • Fructification qui mesure de 10 à 40 cm de diamètre
  • Face inférieure très plane et parallèle au sol
  • Parfois plusieurs fructifications isolées sur un même arbre

Comment évaluer le risque de rupture ?

Les seuils de vigilance

Pour déterminer si un arbre peut être maintenu ou s’il représente un danger, il est essentiel d’évaluer le niveau de dégradation du tronc, des branches ou du collet. On considère généralement qu’un arbre est solide si l’épaisseur de la paroi résiduelle de bois sain (t) est supérieure à 30% du rayon de l’arbre (R) soit t/R > 30%


Lorsque l’épaisseur de la paroi de bois sain est inférieure à ce seuil indicatif, une analyse plus poussée de la situation est nécessaire, il faut évaluer pour cela :

  • Le stade de développement de l’arbre
  • La charge de vent à laquelle est soumis l’axe infecté
  • La vigueur végétative de l’arbre
  • Les adaptations mises en place par l’arbre pour renforcer la perte de résistance mécanique l’axe évalué
  • Les caractéristiques du bois de l’arbre hôte

L'acceptation du risque

En complément, il est essentiel de considérer le niveau d’acceptation du risque, qui dépend de l’environnement de l’arbre et du choix du  propriétaire. Un arbre présentant un risque potentiel, mais situé en zone peu fréquentée, comme au fond d’un parc, sera généralement plus tolérable qu’un arbre fragilisé à proximité immédiate d’une habitation ou d’un axe de circulation.

Si vous avez des doutes
Faites appel à un expert arboricole

L’évaluation visuelle seule ne suffit pas toujours pour évaluer avec précision le risque de rupture d’un arbre infecté par un champignon lignivore. 

Évaluation précise de l'ampleur de la dégradation et préconisations adaptées

Utilisation d'outils de mesure avancés

Des outils de mesure avancés peuvent s’avérer indispensable pour quantifier avec précision l’étendue des dégradations et évaluer le risque de rupture :

✔ Le résistographe (IML PD400®) permet d’évaluer précisément l’épaisseur de la paroi résiduelle de bois sain en mesurant la résistance mécanique du bois (en savoir plus).

✔ Le test de traction est la seule méthode permettant évaluer la qualité de l’ancrage racinaire d’un arbre atteint par un champignon racinaire (en savoir plus)

Préconisations adaptées

Selon l’ampleur de la dégradation, différentes mesures peuvent être mises en place : une taille d’élagage pour limiter les contraintes mécaniques, un haubanage pour sécuriser ou renforcer les branches fragilisées ou, en dernier recours, un abattage si le risque de rupture est trop élevé.

Questions fréquentes sur les champignons lignivores

Faut-il retirer la fructification d’un champignon lignivore sur un arbre ?

Non, cela ne sert à rien. La fructification (= le sporophore) n’est que l’organe de reproduction du champignon. Le mycélium, responsable de la dégradation est installé en profondeur dans le bois et poursuit son action indépendamment. D’autre part, la présence du sporophore est un indice clé pour les experts en arboriculture lors du diagnostic de l’arbre. Cela permet d’identifier l’espèce présente et ainsi d’évaluer la dangerosité de l’arbre. L’enlever risque donc de compliquer le diagnostic sans aucun bénéfice pour l’arbre.

Il n’existe pas de traitement curatif permettant d’éliminer un champignon lignivore installé dans un arbre. Cependant, des mesures peuvent être prises pour améliorer ses conditions de croissance et ainsi, ralentir la progression du champignon. Dans certaines situations, des travaux de taille ou d’haubanage sont aussi préconisés pour réduire le risque de rupture tout en permettant la conservations de l’arbre.

L’indice le plus évident reste l’observation de sporophores jeunes ou anciens sur ou à proximité de l’arbre. Mais il est également possible de détecter la présence d’un champignon lignivore par la présence de fissures, cavités ou décollements d’écorce indiquant une possible dégradation interne du bois. Le test de sonorité au maillet (en savoir plus) permet de déceler des cavités en lien avec des champignon lignivores. Un dépérissement partiel de la couronne de l’arbre peut également indiquer une atteinte de l’arbre par un champignon racinaire.

Oui, les champignons lignivores produisent des spores pouvant coloniser les arbres voisins, transportées par le vent. Ils s’installent généralement à la faveur de larges plaies d’élagage, d’où l’importance de proscrire la coupe de grosses branches. D’autres champignons, comme l’armillaire couleur de miel (Armillaria mellea), peuvent quant à eux se propager par le sol et infecter plusieurs arbres à proximité.

Préserver les arbres, anticiper les risques

Les champignons lignivores constituent une menace discrète mais réelle pour la santé et la stabilité des arbres. Une surveillance régulière et des diagnostics précis permettent d’intervenir à temps pour limiter les risques. Préserver un arbre, c’est aussi préserver l’équilibre de son environnement et la sécurité de ceux qui en profitent.